Je l'avais repéré dans un restaurant du bord de mer, à Balchik, en Bulgarie. Il mangeait ses frites sagement, à côté de ce que j'ai supposé être son père, une épave chemise ouverte ventre gonflé et teint rougi qui semblait l'aimer beaucoup. J'ai repéré les tâches d'encre sur son épaule, j'en ai déduit que le déjeuner frites-coca était une récompense pour son courage. Ce petit garçon n'avait pas bronché quand on (papa, à en croire la piètre exécution du dessin barlou) lui avait enfoncé l'aiguille dans la peau à plusieurs reprises, pas pleuré une seule fois alors que l'encre brûlait la chair. À 8 ans, il avait fait preuve d'un sang-froid peu commun.
Mais le jeu en valait la chandelle : ça allait bien les épater, ses petits copains de l'école, quand ils allaient voir sa tête de mort indélébile.