L'esclave n'est pas un objet inerte dépourvu d'amour-propre, mais un vivant, réduit à l'état d'objet dont l'attrait consiste en ce qu'il se trouve (délibérément ou non) humilié ou humiliable dans sa dignité, son intégrité, soit dans son aptitude à posséder son bien propre, à se posséder lui-même ; c'est de la rupture de cette intégrité, par cette prostitution volontaire ou forcée, que découle l'émotion érotique sadienne. Prostitution dont la "qualité" tient à la surenchère du prix que le sujet s'attribue à proportion de sa dégradation morale ; plus il est "corrompu", plus il augmente son prix – tel le personnage de Juliette.

The Kiss

Toute femme naît naturellement bonne ; c'est l'homme qui la corrompt.
Nous vivons dans une société extraordinairement pacifiée du point de vue de la violence inter-individuelle. Et pourtant la violence qui s'applique aux individus est effroyable, coagulée à un niveau supérieur.
Te décrire mes ciels bleus et ceux teintés d'orage,
Ou bien : l'échelle des gris d'une voûte couvercle
L'échelle des noirs de mon coeur sombre.

Mon doux Enfer.

Le ventre vide aux deux extrémités,
Le corps qui tremble et flageolent les jambes
Mon visage brûle
Mes lèvres en feu

Mes cellules crient le manque de toi
Coins de rue narquois

Et je te giflerai et tu me gifleras.
Le premier qui crève a gagné.

Mon plus violent Paradis.

Tes yeux bleu vertige et ton oeil rose poussière
Rosée du soir

Nos traversées simultanées
Enjambements frénétiques
Jamais ils ne s'exténueront, les soirs

Et je te giflerai et tu me gifleras
Et nous rougirons tous deux de honte.

ochtaïanié
« Comment se refaire une origine plus pure plus rude que celle de l'hérédité autrement que dans le secret, de la nuit ou d'un lieu de nature, isolé mais sous le feu du Soleil ? »
"Nous n'avons pas trop de douleurs, nous n'en avons pas assez, car c'est par la douleur que nous nous résolvons en Dieu ! Nous sommes mort, poussière, cendre, comment pourrions-nous nous plaindre ?"
Torches of freedom


LA RÉPONSE INATTENDUE



O créature roysonnable
Qui désires vie éternelle,
Tu as cy doctrine notable
Pour bien finer vie mortelle.
La dance, macabre s'appelle :
Que chascun à danser apprant
A l'homme et femme est naturelle :
Mort n'épargne petit ne grant.
Je te dirai les soirs brûlants
Les rires troués au fond des bouges
Les corps battus, les corps hurlant
Ceux qui saignent à boulets rouges
Les corps salis brinquebalant
Les porcs qui sur mon ventre fougent

L'irréparable, l'insupportable, l'inénarrable.

Je te dirai les soirs brûlants
Les rires troués au fond des bouges
Je l'avais repéré dans un restaurant du bord de mer, à Balchik, en Bulgarie. Il mangeait ses frites sagement, à côté de ce que j'ai supposé être son père, une épave chemise ouverte ventre gonflé et teint rougi qui semblait l'aimer beaucoup. J'ai repéré les tâches d'encre sur son épaule, j'en ai déduit que le déjeuner frites-coca était une récompense pour son courage. Ce petit garçon n'avait pas bronché quand on (papa, à en croire la piètre exécution du dessin barlou) lui avait enfoncé l'aiguille dans la peau à plusieurs reprises, pas pleuré une seule fois alors que l'encre brûlait la chair. À 8 ans, il avait fait preuve d'un sang-froid peu commun.
Mais le jeu en valait la chandelle : ça allait bien les épater, ses petits copains de l'école, quand ils allaient voir sa tête de mort indélébile.



La famille Jackson au complet.
C'est joli toutes ces couleurs.
C'est la Saint Valentin !
Je fais semblant de me réjouir
Mais je n'en mène pas large
Je me suis levée tôt l'autre matin. Je n'y croyais pas vraiment.
La fenêtre.
J'ai autant de succès que du papier tue-mouches.
Lamproie cyborg

Dans une famille de névropathes catholiques, une atmosphère sentant la naphtaline et les mœurs petites bourgeoises.

Les dents crissant serrées les insultes se figent et fusent les sourires :
« Sue Ellen. »
À la lueur des bougies les santons tournent, tournent, et tournent, et tournent, tournent en rond. À table à Noël l’on joute en silence.

Moi je te brûlerai le visage
Je casserai tes dents de riz
J’en ferai des éclats honteux

Je regarderai ton ventre flasque
J’en rirai comme si c’était le mien
Le corps carquois carcan carcasse

Je te dirai les soirs brûlants
Les rires troués au fond des bouges
Je suis la fille perdue mais qui vous aime
La débauchée à la petite semaine
La maman triste, la putain gaie,
La pauvre fille au teint brouillé.
La mine chagrine, le corps en laisse,
Toujours perdante.

MURÈNE

Le premier baiser n’est plus. Le deuxième déjà se fait moins tendre, je pense à mes lèvres râpeuses.
Le troisième se fait attendre, pas de silence gêné ; des mouvements francs, techniques plutôt que nécessaires, frais, froids.

Petit à petit, le reptile se dégage de Sacha, il mue, sa peau craque sèchement et de curieuses écailles vertes apparaissent. Il desserre un peu son étreinte en lui décochant un sourire charmeur :
« Vois-tu, ce bar est comparable en de nombreux points aux fonds marins. La faune qu’on y croise, surtout, présente de nombreuses similarités avec la population benthique. Cela peut s’expliquer par la profondeur du bar. On y descend, la lumière se fait plus rare, dans les escaliers les yeux exorbités, d’une taille démesurée, s’adaptent comme ils le peuvent. La vue est essentielle dans cet univers de pénombre.
- Suis-je candide. J’ai toujours pensé qu’alcools et drogues se rendaient, eux seuls, responsables du phénomène.
- C’est qu’on ne te l’a jamais expliqué. Ce qui est ici remarquable, c’est que la profondeur se comprend aussi, surtout, dans la durée. Au fur et à mesure que la soirée avance, diverses espèces endémiques se laissent observer. Les adulescents tubicoles qui picolent jusqu’à la fermeture, les sinophores qui se forment sur le trottoir une fois
la soirée déclinante, curieux phénomène d’agglutination, masse ondoyante, encore indécise, les
hommes des grands fonds enduits de brillantine et de cirage, les
filles lanternes poitrines clinquantes tous bijoux dehors, ils nagent dans l’obscurité tous feux allumés,
modulant leur lumière.
- Quel lyrisme.
- Quand la fermeture approche, la nourriture manque, les espèces se font plus rares. De nombreuses créatures ont des bouches disproportionnées et des
dents solides
pour pouvoir avaler tout ce qui passe à leur portée. Aucune de ces amours ne survit à ces captures tardives, une fois ramenée à la surface du lendemain. Les patrons au
dos cassé
passent le balai et se débarrassent de toutes sortes de dépouilles qui ont fini par toucher le fond.
- Et vous ?
- Moi je suis un scientifique, je recherche Architheutée, la femme idéale, j’en connais l‘existence sans l’avoir jamais croisée vivante, sans jamais en avoir obtenu d’autre satisfaction que d’en embrasser le mythe.
- Assez, assez, vous m’avez convaincue. »

Jolicœur frissonne, attend de la part de Sacha une initiative qui ne vient pas : « Vous m’avez donné froid, vous et vos abysses. » Elle déplore déjà sa dernière plaisanterie. Elle est un peu déstabilisée.
Elle veut se rapprocher de lui, sa fierté la pousse à se raviser.
Nathanaël passe en pleurant. Un vent d’accalmie se lève sur la rue étroite et pavée. Les deux appariés chuchotent presque, ils plaisantent. Jolicœur a posé la tête sur l’épaule de Sacha, il lui caresse tendrement les cheveux, qu’elle porte décoiffés. Ils passent un moment agréable, sourient aux banalités. Ils se reprennent, l’un, puis l’autre, l’ordre
n‘a pas d’importance.


Je le regretterais par la suite. Je ne veux pas qu’elle fasse partie de ma vie.

Il faut avouer que je suis impossible. Je me suis mise à croire à l’homme de ma vie, parce-que je n’avais pas d’autre alternative. Je me suis mise à les essayer tous pour ne pas le laisser passer. Je sais bien que ce n’est pas vous.

Les corps désabusés s’éloignent, chacun mâtin se tranquillise.

Je n’ai plus de temps à perdre.

Je vous entends. Vous parlez.

« Je suis un peu vieux. Je viens d’avoir trente ans. J’aimerais pouvoir adhérer au moule de la normalité, procréer, acheter un appartement plus grand, élaborer des projets à moyen et long terme.
- Désavouée par un cœur qui s’oublie…
- … vous n’êtes pas celle que je veux. J’aurais pu vous désirer comme un chien fou il y a encore quelques années, mais je passe le relais à mes confrères, plus jeunes ou beaucoup plus vieux.
- C’est amusant que vous me disiez cela, parce-que je vous trouve très vieux. »

Sacha et Jolicœur sont sur le point de se séparer. Il est dans une posture inconfortable, elle sent qu’elle n’a rien à gagner d’une prolongation de la rencontre, un coup de froid, un sentiment un peu plus cuisant de son échec. Elle le regarde et s’étonne de si peu ressentir. Il ne lui plaît jamais plus que lorsqu’il n’est pas à sa portée. Elle frissonne encore, avec détermination cette fois, se lève, pose un léger baiser sur la joue de Sacha. Jolicœur a tourné les talons, elle marche dans les rues, le cœur en berne et l’esprit léger. Elle reverra souvent Sacha. Ils passeront peut-être même ensemble une nuit d’amour ratée.

Les choses m'échappent en permanence, elles fuient, les significations, envolées, passé l'impression de maîtrise. 
Je n'ai aucune emprise sur ma vie. Je navigue à vue.


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